Philosophie

Sujets des concours de philosophie 2006

vendredi, 23 décembre 2011

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Tous les sujets des concours de philosophie session 2006.

CAPES interne

Pas de CAPES interne de philosophie session 2006.

AGRÉGATION interne

1er et 2 février 2006

Durée = 6 h 30.

Le candidat a le choix entre les deux textes suivants.

Texte n° 1

La substance se prend, sinon en un grand nombre d’acceptions, du moins en quatre principales : on admet, en effet, que la substance de chaque être est soit la quiddité, soit l’universel, soit le genre, soit, en quatrième lieu, le sujet.
Le sujet est ce dont tout le reste est dit, et qui n’est plus lui-même dit d’autre chose. Aussi est-ce lui qu’il convient de déterminer tout d’abord, étant donné qu’il semble bien que ce soit le sujet premier d’une chose qui est au plus haut point substance. Or, ce sujet premier, en un sens on dit que c’est la matière, en un autre sens que c’est la figure, et, en un troisième sens, que c’est ce qui provient des deux. Par matière, j’entends par exemple l’airain, par figure, l’aspect qu’elle revêt, et le composé qui en résulte, c’est l’être complet, la statue. Par suite, si la forme est antérieure à la matière, et si elle est davantage étant, elle sera aussi, pour la même raison, antérieure au composé des deux.

Maintenant, nous avons exposé, dans les grandes lignes, ce que peut bien être la substance, à savoir qu’elle est ce qui n’est pas dit d’un sujet, mais que c’est d’elle, au contraire, que tout le reste est dit. Nous ne devons pas toutefois nous contenter de cette caractérisation, qui n’en dit pas assez. En effet, cette esquisse est elle-même obscure, sans compter qu’elle fait de la matière une substance. Si elle n’est pas substance, en effet, quelle autre chose le sera ? cela nous échappe, car, si l’on supprime tout ce qui n’est pas elle, plus rien de subsistant ne demeure, évidemment. D’une part, en effet, les autres choses ne sont qu’affections, productions et puissances des corps ; d’autre part, longueur, largeur et profondeur ne sont elles-mêmes que des quantités et non des substances, car la quantité n’est pas substance. Ce à quoi appartiennent premièrement ces choses, c’est bien plutôt cela qui est substance. Mais si nous supprimons longueur, largeur et profondeur, nous voyons qu’il ne subsiste rien, sinon ce qui est délimité par ces dimensions : la matière apparaît donc nécessairement, à ce point de vue, comme la seule substance. J’appelle matière ce qui n’est par soi, ni rien de déterminé, ni une quantité, ni rien de ce qu’on désigne lorsqu’on définit l’étant : car il y a quelque chose dont chacune de ces catégories est affirmée, et dont l’être est différent de celui de chacune de ces catégories. Mais toutes les autres catégories sont dites de la substance alors que la substance est elle-même dite de la matière. Le sujet ultime n’est donc, par soi, ni rien de déterminé, ni quantité, ni quoi que ce soit d’autre qui puisse être affirmé d’une chose ; et on ne le saisit pas davantage lorsque l’on nie ces choses de lui, car les négations sont encore dites de lui, quoique seulement par accident. — Si l’on envisageait la question sous cet aspect, il en résulterait que la matière serait substance.

Aristote, Métaphysique, Z, 3
(traduction nouvelle)

Texte n°2

Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c’est qu’il peut être dans le vrai aussi bien que moi et que nous différons essentiellement sur ce point. Peut-être peut-il percevoir quelque chose de simple et de continu qu’il appelle lui : et pourtant je suis sûr qu’il n’y a pas en moi de pareil principe.
Mais, si je laisse de côté quelques métaphysiciens de ce genre, je peux m’aventurer à affirmer du reste des hommes qu’ils ne sont rien qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes qui se succèdent les unes aux autres avec une rapidité inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels. Nos yeux ne peuvent tourner dans leurs orbites sans varier nos perceptions. Notre pensée est encore plus variable que notre vue ; tous nos autres sens et toutes nos autres facultés contribuent à ce changement : il n’y a pas un seul pouvoir de l’âme qui reste invariablement identique peut-être un seul moment. L’esprit est une sorte de théâtre où diverses perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, glissent sans arrêt et se mêlent en une infinie variété de conditions et de situations. Il n’y a proprement en lui ni simplicité à un moment, ni identité dans les différents moments, quelque tendance naturelle que nous puissions avoir à imaginer cette simplicité et cette identité. La comparaison du théâtre ne doit pas nous égarer. Ce sont les seules perceptions successives qui constituent l’esprit ; nous n’avons pas la connaissance la plus lointaine du lieu où se représentent ces scènes ou des matériaux dont il serait constitué.

David Hume, Traité de la nature humaine,
Livre I, quatrième partie, section VI (traduction André Leroy)

Durée = 7 h

Quelle différence y a-t-il entre un corps vivant et un corps mort ?

CAPES externe et CAFEP

2 et 3 mars 2006

Durée = 6h

Faut-il chercher à tout démontrer ?

Durée = 6h

Art. 152. Pour quelle cause on peut s’estimer.

Et parce que l’une des principales parties de la sagesse est de savoir en quelle façon et pour quelle cause chacun se doit estimer ou mépriser, je tâcherai ici d’en dire mon opinion. Je ne remarque en nous qu’une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l’usage de notre libre arbitre, et l’empire que nous avons sur nos volontés. Car il n’y a que les seules actions qui dépendent de ce libre arbitre pour lesquelles nous puissions avec raison être loués ou blâmés, et il nous rend en quelque façon semblables à Dieu en nous faisant maîtres de nous-mêmes, pourvu que nous ne perdions point par lâcheté les droits qu’il nous donne.

Art. 153. En quoi consiste la générosité.

Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu’un homme s’estime au plus haut point qu’il se peut (446) légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu’il connaît qu’il n’y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu’il en use bien ou mal, et partie en ce qu’il sent en soi-même une ferme et constante résolution d’en bien user, c’est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu’il jugera être les meilleures. Ce qui est suivre parfaitement la vertu.

Art. 154. Qu’elle empêche qu’on ne méprise les autres.

Ceux qui ont cette connaissance et ce sentiment d’eux-mêmes se persuadent facilement que chacun des autres hommes les peut aussi avoir de soi, parce qu’il n’y a rien en cela qui dépende d’autrui. C’est pourquoi ils ne méprisent jamais personne ; et, bien qu’ils voient souvent que les autres commettent des fautes qui font paraître leur faiblesse, ils sont toutefois plus enclins à les excuser qu’à les blâmer, et à croire que c’est plutôt par manque de connaissance que par manque de bonne volonté qu’ils les commettent. Et, comme ils ne pensent point être de beaucoup inférieurs à ceux qui ont plus de bien ou d’honneurs, ou même qui ont plus d’esprit, plus de savoir, plus de beauté, ou généralement qui les surpassent en quelques autres perfections, aussi ne s’estiment-ils point beaucoup au-dessus de (447) ceux qu’ils surpassent, à cause que toutes ces choses leur semblent être fort peu considérables, à comparaison de la bonne volonté, pour laquelle seule ils s’estiment, et laquelle ils supposent aussi être ou du moins pouvoir être en chacun des autres hommes.

Descartes, Les passions de l’âme,

AGRÉGATION externe

10, 11 & 12 avril 2006

Durée=7h

L’actualité.

Durée=7h

Connaître les choses, en quoi est-ce déterminer leurs différences ?

Durée=6h

L’âme humaine a une connaissance adéquate de l’infinie et éternelle essence de Dieu.

Démonstration : L’âme humaine a des idées (par la Propos. 22, partie 2) par lesquelles (en vertu de la Propos. 23, partie 2) elle se connaît elle-même ainsi que son corps (par la Propos. 19, partie 2), et les corps extérieurs (par le Corollaire de la Propos. 16 et par la Propos. 17, partie 2), le tout comme existant en acte. Donc (par les Propos. 45 et 46, partie 2), elle a une connaissance adéquate de l’infinie et éternelle essence de Dieu.

Scholie : Nous voyons par là que l’essence infinie de Dieu et son éternité sont choses connues de tous les hommes. Or, comme toutes choses sont en Dieu et se conçoivent par Dieu, il s’ensuit que nous pouvons de cette connaissance en déduire beaucoup d’autres qui sont adéquates de leur nature, et former ainsi ce troisième genre de connaissance dont nous avons parlé (dans le Schol. 2 de la Propos. 40, partie 2), et dont vous aurons à montrer dans la partie cinquième la supériorité et l’utilité. Mais comme tous les hommes n’ont pas une connaissance également claire de Dieu et des émotions communes, il arrive qu’ils ne peuvent imaginer Dieu comme ils font les corps, et qu’ils ont uni le nom de Dieu aux images des choses que leurs yeux ont coutume de voir, et c’est là une chose que les hommes ne peuvent guère éviter, parce qu’ils sont continuellement affectés par les corps extérieurs. Du reste, la plupart des erreurs viennent de ce que nous n’appliquons pas convenablement les noms des choses. Si quelqu’un dit, par exemple, que les lignes menées du centre d’un cercle à sa circonférence sont inégales, il est certain qu’il entend autre chose que ce que font les mathématiciens. De même, celui qui se trompe dans un calcul a dans l’esprit d’autres nombres que sur le papier. Si donc vous ne faites attention qu’à ce qui se passe dans son esprit, assurément il ne se trompe pas ; et néanmoins il semble se tromper parce que nous croyons qu’il a dans l’esprit les mêmes nombres qui sont sur le papier. Sans cela nous ne penserions pas qu’il fût dans l’erreur, comme je n’ai pas cru dans l’erreur un homme que j’ai entendu crier tout à l’heure : Ma maison s’est envolée dans la poule de mon voisin ; par la raison que sa pensée véritable me paraissait assez claire. Et de là viennent la plupart des controverses, je veux dire de ce que les hommes n’expliquent pas bien leur pensée et interprètent mal celle d’autrui au plus fort de leurs querelles ; ou bien ils ont les mêmes sentiments, ou, s’ils en ont de différents, les erreurs et les absurdités qu’ils s’imputent les uns aux autres n’existent pas.

Spinoza, Éthique, Livre II, Proposition 47.